La Squadra Azzurra à l'assaut de son prestige perdu

L’Italie demeure l’une des grandes nations de l’histoire du football. Avec quatre Coupes du monde et deux Championnats d’Europe, la Squadra Azzurra possède un palmarès qui lui garantit une place parmi les sélections les plus titrées. Pourtant, son statut est aujourd’hui confronté à une réalité beaucoup moins flatteuse : l’Italie a manqué trois éditions consécutives de la Coupe du monde, en 2018, 2022 et 2026. Son élimination en barrages face à la Bosnie-Herzégovine, après un nul 1-1 puis une défaite aux tirs au but, a prolongé une période devenue difficile à considérer comme un simple accident.
Cette situation contraste fortement avec l’image d’une sélection qui, pendant des décennies, faisait partie des références du football mondial. La question n’est donc plus seulement de savoir pourquoi l’Italie a échoué à se qualifier pour trois Mondiaux mais de comprendre ce qui a changé dans son environnement sportif et dans sa capacité à renouveler ses générations.
La force d’hier
L’Italie a longtemps été capable de s’adapter aux différentes évolutions du football. Son identité reposait sur une grande rigueur tactique, une culture défensive reconnue et une capacité à gérer les matchs à forte pression. Mais cette solidité n’a jamais empêché la sélection de disposer de joueurs capables de faire la différence dans les autres secteurs du jeu. Paolo Rossi, Franco Baresi, Roberto Baggio, Gianluigi Buffon, Paolo Maldini ou Andrea Pirlo ont représenté différentes générations de cette richesse. À leurs côtés, d’autres joueurs comme Fabio Cannavaro, Gennaro Gattuso ou Daniele De Rossi ont contribué à maintenir l’Italie au plus haut niveau.
Ces générations successives avaient un point commun : elles donnaient à la sélection une profondeur importante. Lorsqu’une génération arrivait en fin de cycle, une autre pouvait prendre le relais. C’est précisément cette continuité qui semble aujourd’hui plus difficile à maintenir.
Le déclin de la Serie A et la question de la formation
Dans les années 1990 et au début des années 2000, la Serie A occupait une place centrale dans le football mondial. Les grands clubs italiens attiraient les meilleurs joueurs étrangers et constituaient des effectifs d’une exceptionnelle densité.
L’Inter comptait Ronaldo, Iván Zamorano ou Javier Zanetti. Le Milan s’appuyait sur Paolo Maldini et Oliver Bierhoff. La Fiorentina avait Gabriel Batistuta tandis que Parme réunissait des joueurs comme Lilian Thuram et Juan Sebastián Verón. La Lazio disposait de Marcelo Salas ou Kennet Andersson et la Juventus accueillait Zinedine Zidane et Filippo Inzaghi. Cette période a contribué à faire de la Serie A l’un des championnats les plus suivis et les plus compétitifs du monde.
La hiérarchie du football européen a depuis évolué. La puissance financière de la Premier League, l’attractivité de la Liga et la progression d’autres championnats ont réduit la domination italienne. La Serie A reste une compétition majeure mais elle ne bénéficie plus du même pouvoir d’attraction qu’à son apogée.
Cette évolution pose également la question du développement des joueurs italiens. Le problème n’est pas l’absence de talents mais la difficulté à voir émerger suffisamment de profils capables de s’imposer au très haut niveau et de prendre progressivement la relève des générations précédentes. Après les générations de Pirlo, Buffon, Chiellini, Cannavaro, De Rossi ou Gattuso, l’Italie doit encore trouver une profondeur comparable dans plusieurs secteurs de jeu.
Une sélection qui peine à franchir un nouveau palier
Le sacre à l’Euro 2021 avait pourtant laissé entrevoir une autre trajectoire. Sous Roberto Mancini, l’Italie avait construit une équipe capable de combiner discipline tactique, qualité technique et mobilité. Le titre remporté à Wembley contre l’Angleterre avait démontré que la Squadra Azzurra disposait encore des moyens nécessaires pour rivaliser avec les meilleures sélections européennes.
Mais ce succès n’a pas été suivi d’une qualification au Mondial 2022. Le contraste est révélateur : l’Italie peut encore atteindre un niveau très élevé sur une compétition mais elle éprouve davantage de difficultés à maintenir cette dynamique sur plusieurs années. L’absence de continuité générationnelle apparaît ainsi comme l’un des principaux défis.
Une grande sélection n’a pas forcément besoin de posséder des joueurs considérés comme des stars mondiales. Elle doit en revanche disposer d’un groupe suffisamment profond pour absorber les départs, les blessures, les changements tactiques et les fins de cycle. C’est précisément sur ce point que la Squadra Azzurra semble devoir progresser.
Mancini face au défi de la reconstruction
Le retour de Roberto Mancini donne une dimension particulière à cette nouvelle étape. Le technicien italien, qui avait conduit la sélection au titre européen en 2021, a été rappelé à la tête de l’équipe nationale en juillet 2026. Il succède à Gennaro Gattuso, parti après l’échec dans un les qualifications pour le Mondial. Mancini connaît déjà les exigences du poste et possède l’expérience d’une reconstruction réussie. Toutefois, son retour intervient dans un contexte différent de celui de son premier mandat. L’Italie ne doit plus seulement chercher à construire une équipe compétitive pour une compétition donnée. Elle doit retrouver une forme de continuité et élargir son vivier.
Claudio Ranieri, nommé directeur technique, aura également un rôle dans cette réflexion plus large autour de la structure sportive de la sélection et du développement du football italien.
Le duo Mancini-Ranieri devra donc travailler sur deux temporalités : obtenir rapidement des résultats et préparer une génération capable de porter la Nazionale sur plusieurs années.
Quelles perspectives pour l’avenir ?
La prochaine grande échéance sera l’Euro 2028, prévu du 9 juin au 9 juillet 2028 au Royaume-Uni et en République d’Irlande. Cette période doit permettre à l’Italie de travailler sur son renouvellement. La sélection devra identifier de nouveaux cadres, renforcer la concurrence à plusieurs postes et donner davantage de responsabilités aux joueurs susceptibles de devenir les futurs piliers de la Nazionale.
Cependant, la reconstruction ne dépendra pas uniquement du sélectionneur. Le renouvellement du vivier, la formation des jeunes et la capacité des clubs italiens à faire émerger puis progresser leurs talents resteront déterminants. L’Italie conserve un héritage considérable et une culture footballistique qui ne disparaissent pas en quelques années. Toutefois, l’histoire ne suffit plus à garantir une place parmi les meilleures sélections.
La Squadra Azzurra doit désormais trouver le moyen de transformer cet héritage en une nouvelle génération compétitive. Le retour de Mancini peut ouvrir une nouvelle étape mais la véritable renaissance passera par la capacité du football italien à produire davantage de joueurs capables de répondre aux exigences du très haut niveau.
Le défi n’est donc pas de reproduire l’Italie d’hier. Il est de construire celle de demain.
Guyto JEUDI






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